Amada Blog

            Nous sommes en guerre ! nous a dit Le Président de la République, monsieur Macron, il y a quelques jours, en mars.

Mais depuis quand est-elle déclarée ?

Depuis la pandémie du Coronavirus ?

Moi, je vous dit NON.

          Elle couve depuis longtemps, sous une autre forme, celle de la malveillance, du chacun pour soi, de l'indifférence vis à vis de son prochain, de son voisin, de l'étranger qui demande de l'aide.

Je vais vous raconter une anecdote qui m'est arrivée exactement le 17 janvier de cette année.

         Alors que je devais me rendre à une réunion à 17 heures, par un geste malencontreux, j'ai bloqué le système d'ouverture de ma voiture avec mon sac à l'intérieur, ce qui implique que je n'avais pas accès à mes clés, ni à mon téléphone ni à mon porte-feuille. Une voisine m'emmène gentiment là où devait se tenir la réunion, selon moi, c'est-à-dire, à la Maison des Associations, sur le périphérique, puis elle repart. Arrivée sur les lieux, je me rends compte que je me suis trompée et que la réunion se déroule à la Maison du Peuple, en centre ville. Désemparée et désargentée, je me dirige vers le périphérique pour essayer de faire du stop ; en principe ça marche. Je me positionne au feu et je demande, quand je peux, aux conducteurs s'ils vont vers l'hôpital, ce qui me rapprocherait de chez moi. Bizarrement, personne ne va dans cette direction ! Après une dizaine d'essais, je me décide à faire le chemin à pied, en passant par la ville ; là, j'aurai plus de chance. Je descends l'avenue de Louyat, l'avenue du Général Leclerc, je contourne la place Carnot et je m'engage dans l'avenue Garibaldi. Comme je n'ai pas d'argent, je rentre au Centre Saint Martial pour aller aux toilettes et m'asseoir un moment. Reprenant mon courage à deux mains, je continue, non sans demander à chaque feu rouge si on peut m'amener un bout de chemin. NON, NON...toujours NON. J'arrive carrefour Tourny et là, sur la file de droite, je demande si quelqu'un va vers la mairie ; une fois encore c'est NON et pourtant c'est une ligne droite qui ne peut aller que dans cette direction. Donc, cahin cahan, je suis la rue Gabriel Péri, le boulevard Louis Blanc jusqu'à l'intersection avec la rue Jean Jaurès. N'en pouvant plus, je m'arrête, adossée à un mur. Une jeune fille arrive face à moi et tout d'un coup, il me vient une idée. Je l'accoste, je lui raconte brièvement ce qui m'arrive et lui demande si elle a un téléphone.

        Pourquoi ne pas y avoir pensé plus tôt, me direz-vous ? C'est exact, mais dans ma tête et dans tout mon être seule la colère bouillonne.

Elle me répond par l'affirmative mais je tiens à lui préciser que je dois appeler un numéro fixe ; pas de problème. Je fais une première tentative pour appeler mon fils, sans résultat. « Venez, me dit-elle, ma voiture est là, je vais vous amener ». Auparavant, j'essaie un nouvel appel qui s'avère fructueux. Mon fils va venir me chercher, mais la jeune fille, très gentiment, reste auprès de moi jusqu'à ce qu'il arrive.

       Après cette mésaventure, je me pose des questions, maintenant que nous sommes confinés chez nous depuis des jours et pour quelques semaines encore.

On nous demande d'être solidaires, car « nous sommes en guerre ».

Il faut donc en arriver à cette extrémité pour faire appel au bon vouloir des gens ?

Mais, combien savent ce qu'est la solidarité ? Demandez à ceux qui sont arrivés d'Espagne en 1939, à ceux qui ont vécu la seconde guerre mondiale, à ceux qui arrivent de leur pays en guerre depuis quelques années ?

Les humains ont-ils besoin qu'on leur dise ce qu'ils doivent faire ?

Où est passée la solidarité spontanée, celle que possèdent les animaux, souvent plus sensibles que nous ?

        Je sais que peu à peu le lien ténu qui unissait les gens dans les villages, dans les quartiers, dans une rue ou même un immeuble s'est détendu et même effiloché. Mais en arriver à cet égoïsme, ce manque de considération, d'empathie, d'humanisme, de respect envers une personne, envers son voisin, était-ce pensable ?

Où sont passées les bonnes volontés, les bonnes paroles « aidez-vous les uns les autres » ?

         Je dois appartenir à un autre siècle, oui, pas de doute, je suis d'un autre siècle.

 

Amada Pedrola Rousseaud