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Le thème de notre colloque, cette année, était : « Destins d’exils en Limousin ». A cette occasion, nous avions invité, entre autres, Elisenda Belenger Mercadé, historienne et biographe de Neus Catalá. C'est à peu près au moment où Elisenda faisait son intervention, vers 17 heures ce samedi 13 avril 2019, que Neus nous a quittés, en cette veille du 88ème anniversaire de l'avènement de notre République pour laquelle elle s'est battue et a continué à se battre tout au long de sa vie. On ne choisit pas le jour et l'heure de notre départ, mais le sien nous marquera à jamais.

 Nous désirons dédier cette journée à cette Grande Dame en particulier et à tous les exilés qui sont passés et même restés en Limousin. Les personnes qui ont eu la chance de la rencontrer, nous disaient hier en parlant d'elle :  « Pour nous, elle est immortelle ».

 L'Ateneo Republicano du Limousin présente, avec une profonde affliction, ses condoléances à sa famille et à ses proches.

 Que viva la Republica !

elisenda772 Neus Catala

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Qui était Neus Català i Pallejà ?

Neus est née à Els Guiamets, dans la région viticole du Priorat catalan, le 6 octobre 1915. Son père Baltasar, paysan et coiffeur et sa mère Rosa l’éduquent dans le village où elle travaille rapidement elle aussi dans les vignes puis comme vendeuse à la coopérative agricole. C’est là qu’elle lance sa première grève, âgée d’à peine une quinzaine d’années : elle exige que les jeunes filles soient payées autant que les garçons ! Quand la guerre éclate en 1936, elle est au milieu de ses études d’infirmière et s’est engagée dans le Parti Socialiste Unifié de Catalogne. Elle gagne Barcelone, termine rapidement ses études et prend la direction sanitaire d’une colonie d’enfants près de Gérone. A l’heure de la Retirada, elle les accompagne jusqu’en Dordogne et se donne comme mission de rendre chacun des 182 enfants à sa famille ou de les placer en sécurité en France ou en Belgique. Cette tâche terminée, elle réunit sa famille autour d’elle et s’engage rapidement dans la Résistance. D’abord elle avertit les Français de l’imminence du danger nazi qu’elle conçoit très clairement, puis s’investit plus concrètement près de Turnac, en Dordogne. Elle épouse en 1942 Albert Roger, Résistant lui aussi, et ensemble ils organisent le maquis dans cette zone, composé notamment de réfugiés espagnols. Arrêtés le 11 novembre 1943, ils sont emprisonnés à Périgueux puis Limoges où Neus rencontre celle qui deviendra sa grande amie, Thérèse Menot. Torturée pendant sa détention, elle est transférée à Compiègne puis déportée à Ravensbrück, d’où elle est envoyée au Kommando de Hollenshein. Là-bas, « Neige Roger » et « Titi » continuent à résister et sabotent les obus qu’elles sont censées fabriquer. Rapatriée en mai 1945, elle apprend le décès d’Albert. Elle rencontre finalement Félix Sancho, qui devient son second époux et avec qui elle aura deux enfants, l’une de ses plus grandes victoires contre les nazis qui avaient expérimenté sur elle des techniques médicales qui devaient la rendre stérile. Pendant plus de soixante-dix ans, Neus a milité pour la mémoire des réfugiées, des résistantes, des déportées, sans jamais cesser de lutter au quotidien pour faire tomber Franco d’abord, pour le rétablissement de la République aussi.

 

Thérèse Menot