Samedi, ce sont les noms et destinées tragiques des Républicains espagnols assassinés qu’ont fait résonner les membres de l’Ateneo Republicano du Limousin sur le parvis de la BFM de Limoges.

Hasta cuando 2017

«Je m’appelle Granada Garzon de la Era. Le curé de mon village me dénonce parce que je ne suis pas mariée à l’église. D’abord, je suis excommuniée, puis je suis tondue, finalement je suis fusillée ainsi que 15 autres femmes. Après avoir enterré nos corps dans un lieu inconnu, ils dénoncent aussi mon mari. Avec lui, ils tuent aussi l’aîné de nos sept enfants. Je n’ai eu ni jugement, ni avocat, ni sentence. Mes enfants continuent à me chercher. Hasta cuando ! Jusqu’à quand?»
Maria Alvarez. Isabel Picorel. Primitiva Rodriguez. Jose Villarile Torral. Balbina Gallo Gutiérrez. Santos Valentin Francisco.Virgilo Lelez Ruiz. Et tant d’autres...
Samedi à l’occasion de sa XIe journée contre l’impunité des crimes franquistes, l’Ateneo Republicano du Limousin a fait parler les morts sur le parvis de la BFM de Limoges. Membre de la coordination nationale Caminar rassemblant 11 associations mémorielles françaises de l’exil républicain, l’Ateneo Republicano a initié ce rassemblement public l’année dernière, autour de la pétition réclamant notamment l’abrogation de la loi d’amnistie de 1977 (dans les alinéas permettant l’abrogation des crimes franquistes),  la localisation et la judiciarisation de toutes les fosses communes du franquisme, et la responsabilité directe et inéluctacle de l’Etat espagnol concernant l’exhumation des corps. «La mobilisation publique sur ce sujet est très récente. Elle est importante parce que les gens ont tendance à oublier, ou parce qu’ils ignorent ce qui s’est passé, ou bien encore parce qu’ils ne veulent pas le savoir... Elle est primordiale car depuis quelque temps, y compris en Espagne, les langues se délient à propos des enfants volés pour cause de «gène rouge», des fosses communes, de tous les crimes qui se sont produits sous la dictature franquiste, et surtout de l’impunité de ces crimes» souligne la présidente de l’Ateneo, Amada Pedrola-Rousseaud. «Vous voulez signer la pétition ?». Des passants font halte, questionnent, signent, sous le portrait de la niña bonita. «Au delà de l’aspect juridique, de la nécessité de condamner ces crimes, nous sommes ici pour faire connaître le vécu des victimes, celui de leurs familles, qui réclament à corps et à cris depuis la mort de Franco que ces crimes soient jugés, condamnés et «réparés». Depuis le retour de la démocratie en Espagne, les gouvernements successifs  n’ont jamais donné suite à ces demandes. Le gouvernement Rajoy, qui n’est jamais que le digne héritier du franquisme, est même en train de remettre partiellement en cause certains articles de la seule loi un peu progressiste en la matière, celle de la mémoire historique de 2007» poursuit Gérar Del Pozo. Pour l’Ateneo Republicano, l’histoire de l’Espagne ne doit pas être un perpétuel recommencement. «Vérité, justice, réparation : le tribunal pénal international a jugé et condamné à la prison à vie un responsable de crimes contre l’humanité en Yougoslavie. En Espagne ? Les criminels franquistes meurent tranquillement dans leur lit !  Mais rien n’est jamais perdu. Ce combat, nous
-et d’autres après nous- le poursuivrons sans faille».


I.H.

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