Mémoire et identité de l'exil des Républicains espagnols

Société des Sciences Naturelles, archéologiques et Historiques de la Creuse

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Eva Léger a présenté sa thèse sur l’exil républicain espagnol en Limousin : cartographie des mémoires, des imaginaires et des appartenances en novembre 2014 à Nanterre. Le 21 janvier dernier, elle présentait une partie de son travail lors de la séance de communication de la Société des sciences naturelles, archéologiques et historiques de la Creuse à la salle de la Sénatorerie de Guéret.
La jeune femme pour ses recherches a voulu se baser sur des témoignages, des traces qui attestaient de la présence de Républicains espagnols en Limousin. Elle a recueilli 27 témoignages en Limousin et a retracé 27 parcours familiaux autant d’hommes que de femmes. Une chose importante pour elle : rappeler qu’il y a eu des femmes réfugiées.
Les Républicains espagnols sont arrivés durant la première moitié de 1939. Selon les informations qu’elle a recueillies, 8.000 réfugiés sont arrivés en Limousin dont 2.000 en Creuse durant cette période. «Il est difficile de savoir combien sont restés», note-t-elle. En effet, si certains sont partis notamment vers le sud de la France car ils avaient plus de possibilités de partir, d’autres ont été prélevés par les Allemands qui avaient besoin de main d’œuvre.
Eva Léger a interrogé des exilés et leurs descendants sur ce qui s’est transmis entre eux, quel héritage il garde de cet exil. Elle a aussi étudié les liens possibles entre leurs origines espagnoles et leurs pratiques politiques. Pour la plupart, «la pratique est différente de leurs  aînés, nous sommes dans une autre époque», admet-elle.
Elle note également que depuis 15 ans beaucoup de collectifs mémoriels comme Ateneo Republicano du Limousin se sont créés.  Elle a voulu savoir pourquoi ils revendiquent cette mémoire.
Aujourd’hui, «les individus revendiquent leurs origines espagnoles mais aussi d’être Creusois ou Limougeauds», confie-t-elle précisant que sa thèse a été réalisée sous la présidence de Nicolas Sarkozy et qu’il était difficile de se revendiquer français.  La plupart des exilés ont pris la nationalité française, leurs descendants sont nés français. Alors elle s’est aussi posée la question de l’affect. «Certains descendants revendiquent leur héritage car leurs parents sont morts, c’est leur rendre hommage, honorer une attitude politique digne. Ils sont très fiers de porter ces valeurs, ce qui n’était pas forcément vrai lorsqu’ils étaient adolescents car ils pouvaient être stigmatisés», ajoute Eva Léger.  
Les descendants connaissent l’histoire de leurs parents mais ceux-ci souvent ne leur ont rien dit. «Il y avait beaucoup d’écoute silencieuse à l’époque, il était difficile pour les exilés d’en parler, on se rend compte de cela dans la période donnée. Aujourd’hui, des réfugiés éthiopiens arrivent en France on en parlera peut-être dans 70 ans...», conclut la jeune femme.