Hasta Cuando

Comme tous les ans depuis 2008, l’association Ateneo Republicano du Limousin, qui défend la mémoire des Républicains espagnols, fera signer une pétition samedi de 9 heures à 17 heures, sur l’esplanade de la BFM à Limoges. Elle réclame du gouvernement espagnol, justice et condamnation des crimes du franquisme.

Le  collectif d’associations formé autour de l’Ateneo Republicano du Limousin pétitionne de nouveau à Limoges  samedi pour demander vérité, justice et réparation contre «l’impunité des crimes franquistes». Les gouvernements successifs espagnols, sous prétexte de la loi d’amnistie d’octobre 1977 – elle exonère les responsables des exactions commises par les franquistes – refusent de lever le voile sur ces années sombres. Les «franquistes» sont ainsi juridiquement protégés de la commission de crimes contre l’humanité. Incompréhensif pour les militants de la reconnaissance des crimes du franquisme, dont l’Ateneo : «Il est incontestable et historiquement prouvé que le franquisme, régime qualifié de fascisme par l’assemblée générale de l’ONU, dans sa résolution n°39 du 12 décembre 1946, a commis des crimes contre des populations civiles» rappelle l’association. La popularité toujours vivace du régime de Franco auprès de tout un pan de la population espagnole, empêche la prise de conscience et l’acceptation générale de ces crimes d’être achevée. Gérard Del Pozzo, l’un des vice-présidents de l'association, indique que plus de 115.000 disparus de la guerre civile et de la dictature franquiste qui suivit (1936-1975) sont enterrés dans des fosses communes en Espagne. Il ajoute qu’une centaine d’associations font un travail de recherche énorme.  Le travail d’identification et de reconnaissance des victimes suit son cours un peu partout en Espagne, malgré les oppositions. «En 2007 a été votée une loi sur la mémoire historique qui n’accorde que le droit à la mémoire individuelle et familiale et qui ne reconnaît pas la mémoire collective», déplore-t-il.  Il pointe également du doigt le cas emblématique du juge espagnol Baltazar Garzon, en 2008, ce juge qui ouvre une enquête sur les disparitions survenues pendant la guerre d'Espagne et sous le régime franquiste, à la demande de familles de disparus et d'organisations. L’enquête, qui enfreint la loi d’amnistie votée en 1977, doit rapidement se clore. A la suite de cette enquête, il sera suspendu de la magistrature pendant 11 ans. Une décision qui mettra fin à sa carrière. Le juge s’était fait connaître au niveau international en lançant un mandat d’arrêt contre l'ex-dictateur chilien Augusto Pinochet afin de l’entendre sur la mort et la torture de citoyens espagnols à la suite du coup d’État de 1973 au Chili. Il exerçait alors dans le cadre de la compétence universelle, qui permet à un État de poursuivre les auteurs de crimes, quel que soit le lieu où il a été commis, et sans égard à la nationalité des auteurs ou des victimes. C’est d’ailleurs à partir de ce droit que des familles espagnoles ont fait appel à la justice argentine pour que des procès puissent s’ouvrir contre d’anciens responsables franquistes. Affaire confiée à la juge argentine Maria Servini de Cubria. L’association se bat également pour la reconnaissance du vol massif de bébés volés à leurs mères pour être remis à des familles franquistes. Pour la première fois, la pétition est relayée par d’autres  associations mémorielles du Grand Sud-Ouest. Elles demandent  entre autres dans la pétition l’abrogation de la loi d’amnistie de 1977 et le retrait de la symbolique franquiste.
La pétition sera proposée à la signature par l’Ateneo et la Libre Pensée, devant la BFM samedi de 9 heures à 17 heures.