La République de tous les espoirs

L’Ateneo Republicano du Limousin présente l’exposition «L’œuvre réformatrice de la Seconde République espagnole 1931-1939» aux Archives départementales, à Limoges, jusqu’au 27 mai.

Expo

Bien que son existence ait été brève à la tête de l’Espagne, 1931 à 1939, la Seconde République, a eu une portée idéologique sans égale dans l’entre-deux-guerres. C’est ce que présente l’exposition «L’œuvre réformatrice de la Seconde République espagnole 1931-1939», actuellement aux Archives départementales de la Haute-Vienne, à Limoges. Elle a été inaugurée en fin de semaine en présence de Fabrice Escure, vice-président en charge de la culture et de la jeunesse, qui a salué le travail de mémoire sur la diffusion de la mémoire fait par l’Ateneo. «Cette exposition est installée par grands thèmes : l’armée, les brigades internationales, l’éducation, la culture, l’agriculture, les grandes figures féministes etc. Nous y avons ajouté des documents d’archives de Limoges et de la région pour l’étoffer et ancrer également ce moment de l’Histoire espagnole dans notre région» explique la directrice du lieu, Pascale Marouseau. Avant cette parenthèse enchantée, l’Espagne, comme l’a souligné Gérard Del Pozo, vice-président de l’Ateneo Republicano du Limousin, était une monarchie «autoritaire et centralisatrice, incarnée par le roi Alphonse XIII. Une monarchie décadente, provisoirement sauvée en 1923 par la dictature du général Miquel Primo de Rivera, puis par le général Berenguer en 1930».
De panneaux en panneaux, il précise la ligne conductrice de cette exposition qui retrace les principales mesures que la Seconde République a apporté au peuple en commençant par la modernisation de l’armée. «Une armée héritière des guerres coloniales, ayant pléthore d’officiers et des généraux qui s’arroge le droit d’intervenir dans la vie politique du pays lorsqu’elle le juge nécessaire». Gérard Del Pozo, évoque aussi la séparation de l’Eglise et de l’Etat dans un pays très catholique, «une église réactionnaire, omnipotente et omniprésente tant dans la vie publique, avec par exemple le monopole de l’enseignement, que dans la sphère privée. On comptait alors un religieux pour 493 habitants en 1930. Il a fallu rapidement former des enseignants, construire des bâtiments, en 5 ans, 16.000 écoles ont vu le jour. L’alphabétisation et l’instruction de la population est l’une des œuvres majeures de la République». Gérard Del Pozo rappelle qu’avant cela, le taux d’analphabétisme était considérable, pouvant atteindre 50% dans certaines régions et 60 à 70% dans la population féministe. «La culture était réservée aux élites». Autre apport de cette République, l’égalité homme-femmes, dans une société qui ne reconnaissait aucun droit, ni statut à la femme. Elles obtiennent le droit de vote, celui au divorce et au mariage civil, et même celui de l’avortement. Des droits qui leurs permettront de s’investir en grand nombre dans la société civile, à l’image de Dolores Ibárruri, connue sous le nom de La Pasionaria, avec ses non moins célèbre «No pasarán!» et «mieux veut mourir debout qu’à genou».
La République avait aussi accordé l’autonomie à la Catalogne et au Pays Basque. Elle avait entrepris une «timide» réforme agraire par rapport aux besoins en terres des paysans, «une réforme qui sera submergée par une vague révolutionnaire de collectivisation des terres et des usines, portée notamment à partir de juillet 1963 par la CNT et l’UGT», rappelle Gérard Del Pozo, qui poursuit, «cette œuvre à peine commencer, si riche et si pleine de promesses va succomber et disparaître sous la chape de plomb de la dictature nationale catholique franquiste. Tout ce que symbolise la République, la révolution, la culture, l’impiété sera impitoyablement massacré. Plus de 150.000 républicains espagnols seront fusillés et enterrés dans des fosses communes, faisant de l’Espagne le 2e pays au monde, après le Cambodge pour le nombre de civils exécutés par son propre Etat».
Archives départementales de la Haute-Vienne,  1 Allée Alfred Leroux à Limoges.


Par Fatima Azzoug