Dans l'Écho de ce jour :

Alfred Ramos

Les 8es journées de l’Ateneo Republicano du Limousin qui se sont déroulées à Limoges avaient pour thème «las Maestras de la Republica» avec plusieurs conférenciers dont Alfred Ramos.
Bruno Vargas, maître de conférence à l’Institut national universitaire d’Albi a évoqué les réformes instaurées par la deuxième République espagnole (1931-1939). «L’éducation est la plus grande réforme réalisée par la République, c’était la mieux préparée. Lors de la première année de la République, le nombre d’écoles est passé de 2 000 à plus de 9 600. Le programme était d’installer 27 000 écoles en 5 ans. Il fallait bien remplacer l’Eglise». Hélas la République n’aura pas le temps d’aller jusqu’au terme de son programme, Franco prenant le pouvoir.
Alfred Ramos enseignant à Picanya dans la banlieue de Valence, disciple de la méthode d’enseignement héritée du Français Célestin Freinet, vient d’éditer un ouvrage particulièrement fourni qui analyse combien a été influencée la région de Valence dans les années 1931-1939, notamment pendant la République espagnole. Il a évoqué de façon particulièrement émouvante comment il a recueilli les témoignages de jeunes élèves de cette époque qui ont fait resurgir des documents vieux de 80 ans interdits par le franquisme  et gardés cachés depuis cette époque. Les deux intervenants ont souligné le rôle majeur joué à cette époque par Rodolfo LIopis, directeur de l’enseignement  primaire pendant le gouvernement de Manuel Azana. Alfred Ramos est lui-même un maître convaincu du mouvement Freinet. A ce titre son école de Picanya réalise depuis 25 ans des échanges scolaires avec les écoles primaires de Panazol en Haute-Vienne. Les deux villes sont jumelées depuis 1992.
«En 1933, Célestin Freinet est venu en Espagne pour une série de conférences sur la coopérative à l’école et sur la pédagogie qu’il avait initiée. Lors de son séjour dans la Généralité de Barcelone de nombreux maîtres Valenciens ont suivi ses conférences», a expliqué Alfred Ramos.
Aujourd’hui dans le pays Valencien de nombreux jeunes  enseignants pratiquent la technique Freinet «pour apporter les outils à l’enfant, pour qu’il accède lui-même à la culture».
Les deux conférenciers ont insisté sur plusieurs aspects de la réforme pédagogique instaurée par la République, en particulier la rupture avec les caciques locaux ; la qualité de la formation des maîtres avec trois années à l’ecole normale ; la mixité instaurée dans la formation et dans les classes ; l’accès aux bourses pour les enfants issus de milieux modestes ; les correspondances entre les écoles, les journaux écrits par les élèves, composés et édités dans les classes ; et bien sûr la laïcité, un aspect particulièrement important dans un pays où jusqu’à cette époque, l’enseignement était essentiellement l’affaire de l’Eglise.
L’ouvrage d’Alfred Ramos,  riche de nombreuses photos et documents, publié par l’Université de Valence est écrit en catalan, la langue officielle du Pays Valencien. Les Occitans auront donc plaisir à le lire. Une édition en espagnol est en préparation, peut-être ensuite une version en français.
Alfred Ramos a profité de sa visite à Limoges pour présenter son ouvrage aux étudiants.
Antonio Traveria de l’Université de Barcelone, journaliste, directeur de «Casa America» est intervenu sur le thème de «la transition politique en Espagne en 1978». Jean-Louis Schmitt, céramiste, membre de l’Ateneo, apportait quant à lui des témoignages émouvants sur cette période, notamment celui de sa grand-mère enseignante de la République : un témoignage illustré de nombreuses photos qui ont ravivé l’atmosphère de l’époque.
L’Ateneo Republicano du Limousin avait invité l’association MER 47 qui, dans le Lot-et-Garonne, poursuit le même but : «toute la mémoire espagnole... notamment la République».
Conférences, visite à Oradour-sur-Glane pour rendre hommage aux victimes dont plusieurs étaient des réfugiés espagnols, ont été été au menu de ce week-end de réflexion organisé par l’Ateneo Republicano.